ANNEXE



LE LAC

J’imagine votre surprise à la lecture de cette lettre. Etant timide de nature, je ne vous aurais jamais écrit, n’eut été de la gravité de la condition physique dont je suis affectée.

Oui, je suis “Votre Lac”. Vous m’avez nommé Lac Echo et c’est avec fierté que je porte ce nom. Je me considère un lac choyé d’avoir de si gentilles personnes qui ont choisi d’habiter mes rives. Vous ne vous en doutez pas, mais moi aussi j’ai un coeur et une âme qui réagissent à vos bienveillances.

Combien je me réjouis quand je vous vois, vous, vos enfants, vos petits-enfants qui faites de la voile, nagez, prenez vos ébats dans mon eau. Je suis tellement heureux de vous voir tous en profiter. Cependant, je me demande pour combien de temps encore je pourrai vous prodiguer ces plaisirs? Je suis un vieux lac, et oui, des lacs aussi ça s’éteint, si on les laisse mourir. Ma condition à moi est sérieuse. Vous avez vous même pu observer la rapidité avec laquelle les plantes aquatiques et les algues se propagent. Cette croissance incontrôlée me font suffoquer et je me sens littéralement mourir.

Je me souviens, non sans amertume, des jours où vous ramiez dans vos canoes depuis la baie Hébert/Jahnke, vous aventurant sous le petit pont de bois pour emprunter le canal jusqu’au Lac Mud. Ou encore, en douceur, vous remontiez la rivière, en penchant vos têtes pour éviter le pont de Log Village et, enfin, c’était les chutes. Malheureusement, je ne puis plus vous y conduire, la végétation dans la rivière étant ce qu’elle est. Je sens les plantes pousser sous ma surface. Vous ne les voyez pas, elles sont pourtant bien là et ce n’est qu’une question de temps avant qu’elles ne m’envahissent.

L’arrivée du printemps, quand les neiges fondent et viennent augmenter mes eaux, je me réjouis en pensant que vous serez bientôt de retour. Toutefois, cette joie n’est pas sans appréhension. Vous peinturerez vos maisons, nettoierez vos terrains. Je sais aussi que certains d’entre vous étendront des fertilisants dans l’espoir d’obtenir des pelouses “golf greens”. D’autres couperont des arbres près des rives, peut-être cimenteront-ils des murs de soutènement. Je vous sais tous bien intentionnés, qu’il n’est pas de votre intention de contribuer à ma dégénerescence et pourtant vous le faites en favorisant la pousse des plantes aquatiques et des algues. À certains moments, je me demande ce que vaudront les plus “belles” pelouses en bordure d’un “marais”? ...

Oui, je choisis de rompre mon silence afin de vous supplier de me venir en aide afin que je retrouve ma santé et redevienne le lac d’antan qui fera votre orgueil et l’envie des étrangers.

J’apprends que votre Association maintient un programme actif en ce qui concerne l’environnement. L’espoir renaît en moi sachant que ma condition est réversible. Puissiez-vous considérer ses recommandations! Nous en bénéficierons tous, vous et moi.

Votre Association tiendra une de ses plus importantes Assemblées Générales en mai 1998, alors qu’un rapport sur “ma santé” sera présenté par M. Dan Boudrias, Écologiste Aquatique, Conseiller en aménagement de lacs (ECO-Guide Environment) du Réseau Inter-Lacs, qui a effectué une étude diagnostique préliminaire, et que des décisions devront être prises concernant un plan d’action pour des études plus poussées, des tests, des activités de surveillance et des mesures correctives qui pourraient impliquer des budgets importants.

Je fais appel à votre sens des responsabilité et vous prie d’assister à cette rencontre, qui s’avérera des plus importantes. C’est une question vie ou de mort…la mienne!

Bien sincérement,
VOTRE LAC

écrit par Robert LeMoyne
1998


ANNEX



THE LAKE

Dear friends,

I can well understand your bewilderment at hearing from me at this time. I am timid by nature and have never dared speak out before. I have remained silent over the years. Today, I owe it to you to bare my soul! I am concerned for both of us. You see, I am “YOUR LAKE”! You call me Lake Echo and I am proud to bear that name. I consider myself a lucky lake to have such fine people who chose to live on my shores. You may not know it, but I too have a heart and soul and I too react to love and kindness.

I rejoice when I see you, your children, your grandchildren, sail, swim, frolic in my water, and I’m happy to provide these pleasures. However, I fear that I may not be able to continue to do so much longer. You see, I am an old lake, and lakes do die and at a faster pace than can be imagined, unless you help me rejuvenate. My condition is serious. You, yourself, are able to observe the spreading growth of aquatic plants and algae. This growth is stifling my breathing…I am literally choking and I fear for my life.

How well I remember just a few years ago, when I would feel your canoes being paddled to the bay which you refer to as the Hebert/Jahnke bay, then quietly slip under the wooden bridge, to the narrow canal leading to Mud Lake. Other days, you would wind your way up the rivers’ inlet, under the Log Village bridge, to the water falls. I can’t take you there any more because of the thick vegetation present. I feel weeds growing under my surface. You can’t see them, yet I know they will eventually take over and this to our detriment and chagrin.

In early spring, when the melting snows begin to replenish my body, I rejoice at the thought that many of you will be returning. However, it is not without mixed emotions. While I can smile when I watch you paint your houses, clean your grounds, I also know many of you will be spreading fertilizers in the expectation of golf green lawns. I know you mean well, and I also realize you are not aware that you are contributing to my degeneration by stimulating the growth of aquatic plants and algae in my body. Some of you will be cutting down trees close to the shoreline, while others will patch up an already cemented retaining wall. All these well intended undertakings are actually contributing to the deterioration of my health. Sometimes I reflect and wonder what good it will do to have golf green-like lawns on the “shores” of a “swamp”.

Yes, I am breaking my silence so as to plead with you to help me rejuvenate so that I may once again become the lake you have known in the past: a sparkling, clear, clean Laurentian lake to make you proud and the envy of all outsiders.

I hear your Association has a very active environment program. At last, I now have hopes, knowing my condition is reversible. Please take heed of their recommendations for our sake.

Your Association is holding one of its most important Annual General Meetings in May 1998, when a report on my health will be presented by M. Dan Boudrias, Ecologiste Aquatique, Conseilleur en aménagement de lacs (Eco-Guide Environment) of Le Réseau Inter-Lacs, who has conducted a preliminary diagnostic study, and when decisions will have to be taken on an action plan for further investigation, testing, monitoring, and corrective actions which could involve significant budgets.

I appeal to your sense of responsibility and beg you to attend this meeting which may well be the most important one you have ever attended at the lake. Please make a point of being there. It’s a matter of life and death ... my own!

Yours sincerely,
YOUR LAKE

Written by Robert LeMoyne
1998


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